Réflexions

Yoga Nidra

La méditation


Yoga Nidra

En sanskrit yoga-nidrâ signifie yoga du sommeil. Yoga c’est l’union, l’union de la conscience et de l’énergie, du visible et de l’invisible. Le sommeil c’est l’inconscient. Le yoga c’est la prise de conscience, c’est donc l’infiltration, la pénétration de la conscience dans cette zone obscure, opaque, inerte qu’est le sommeil.

Dans le yoga classique yoga-nidrâ n’existe pas, c’est une « technique » purement tantrique, une technique à part, en marge, et qui pourtant demande une grande habitude du prânâyâma, de la concentration et surtout de la méditation. D’une certaine façon, yoga-nidrâ se situe à un niveau élevé dans la « hiérarchie » tantrique. Autrement dit on ne peut réellement en faire avec bénéfice qu’au bout de quelques années de yoga.

L’objectif de yoga-nidra est d’investir consciemment le sommeil. Nous dormons en moyenne huit heures par nuit, soit un tiers de notre vie, et oui quand même. Un tiers dans lequel nous sommes inconscients de ce qui se passe, de qui nous sommes et de ce que nous faisons. Il semble impératif de réagir.

Et pour réagir, impossible d’espérer se rapprocher de la conscience pendant la nuit si l’on ne s’y est pas préparé un peu dans la journée. En effet, il y a des pratiques de journées qui vont, petit à petit, activer les énergies qui produiront des réveils furtifs et prégnants pendant la nuit. Deuxième partie c’est les techniques de nuit, à faire lors de réveils spontanés ou provoqués. Enfin, les séances de yoga-nidrâ elles-mêmes à pratiquer de préférence le soir ou la nuit. Le sommet de l’art étant qu’elles se fassent toutes seules pendant le sommeil, devenu alors conscient.

Mais nous n’en sommes encore pas là.

L’objectif de yoga-nidrâ, c’est de profiter du désordre mental dans lequel on se trouve pendant cet état un peu entre deux pour aller plus loin dans l’exploration de notre intériorité parce que, dans le sommeil, l’agencement habituel du mental est défait, tout s’emmêle dans une apparente incohérence. La structure de notre mode de pensée, de notre façon de raisonner, de notre personnalité s’effondre pour laisser place à des règles inconnues, tout est déconstruit, décousu. Nous n’avons plus les mêmes barrières, les mêmes résistances, les mêmes conditionnements, soient-ils « karmiques », culturels, moraux, sentimentaux ou émotifs. Enfin l’investigation du sommeil et de la nuit rapproche, familiarise avec la mort, et c’est là sans doute la quête principale de toute recherche intérieure. La nuit quand tout le monde dort, et même son propre corps, le rapport au silence et à la solitude prend une dimension plus intime, plus abrupte mais aussi révélatrice de nos propres peurs, de nos propres angoisses et des blocages qui y sont liés.

Un élément central reste la respiration. Les étirements et les rotations du corps seront toujours associés à des souffles spécifiques. De même les moments de détente profonde se feront dans la posture du cadavre, clin d’œil à la mort, avec une respiration appropriée.

Il faut évidemment savoir se lâcher, s’abandonner sans pour autant perdre toute vigilance dans ces zones entre deux. Yoga nidrâ apporte une grande relaxation mais pas seulement. D’ailleurs il ne faut pas confondre les deux, la finalité n’est pas la même, la relaxation est nécessaire pour pratiquer yoga nidrâ, mais yoga nidrâ ce n’est pas que cela. La relaxation est une mise en disponibilité nécessaire, et yoga-nidra est une épopée sur les chemins nocturnes de l’intériorité.



La méditation

La méditation c’est ne rien faire. Juste être et savourer. Hum ! Tout un programme.

Méditer c’est être dans un espace qui fusionne différemment par rapport au corps, à l'esprit et à l'énergie.

Dans le tantrisme la méditation est l'aboutissement d'une pratique de concentration, dhâranâ, on se concentre puis à un moment on va entrer dans un état d'arrêt, on ne va plus rien faire et rester dans un état d'immobilité. Avec l'immobilité on perd la notion d'espace et de temps, c'est le passage pour se fondre, la sensation du corps disparaît.
La méditation est directement liée à asparsha, le non-toucher, que l’on peut trouver seulement dans l’immobilité totale (pas un seul mouvement sinon il y a de nouveau la sensation du toucher et la dispersion se fait). Aucun mouvement ni des yeux, ni de la langue, ni des mains (les mudrâ, les bandha et les drishti sont des aides précieuses pour verrouiller au niveau énergétique et trouver cette immobilité). La notion de non-toucher est très importante, elle mène elle-même au non-souffle et à la non-pensée. Tout s’immobilise.

Au départ, c’est assez furtif, mais tellement délicieux. L'enjeu est de faire durer cet état qui est, par ailleurs très bénéfique.
Un état méditatif peut être un but dans le sens où lorsqu’on est dans cet état, le corps, les énergies, la conscience en tirent des avantages énormes : une régénération absolue, exceptionnelle, à la fois physique et mentale. On dit que 10 minutes de méditation valent 10h de sommeil.
Toute la difficulté est de l'atteindre et surtout d’y rester.
La méditation ne se fait pas par la volonté, elle n’a rien à voir avec le désir, elle se fait toute seule, par la voie spontanée. Les énergies font tout, cependant c'est le fruit d'une longue pratique. Il faudra peut-être passer des heures et des heures en assise dans l’immobilité, des dizaines d’heures, voire des centaines, pour qu’à un moment tout fusionne.

Le souffle va nous aider et va permettre la purification du corps et des énergies.
Le prânâyâma est un vecteur vers la concentration et permet ainsi de se diriger vers des états méditatifs.

Quand on médite, le plus dur c'est l'immobilité du corps, ou des pensées qui ne cessent de se présenter ou encore du souffle qui n'arrive pas à devenir non souffle.
Le souffle va se décliner par rapport à l'état. Par exemple, quand on fait un pranayama, on se concentre sur la verticalité : la montée du souffle par exemple, et quand on va le faire pour méditer, on va essayer d'inclure le sentiment d'immobilité et la saveur que cela procure. Cela va prendre la forme d'un mudra, c’est-à-dire d’un geste, un véhicule qui ramène à l'intérieur de soi-même.
Le souffle nettoie et devient le véhicule de ce qui est stable et il isole de l'extérieur.
On arrive ainsi à un espace de prathyahra, c’est-à-dire de retrait des sens où la conscience, la perception des sensations sont intériorisées (ce que je sens, ce que j'entends à l'intérieur). Le souffle va devenir subtil, il va presque disparaître, il se coagule en un point comme la pensée (sur une bougie, un point intérieur par exemple). Comme la pensée se focalise sur un point, le souffle se focalise sur le non-souffle, on respire dedans donc sans air. Et alors le souffle fusionne en un point dans un état méditatif.

Méditation et yoga nidrâ.
On ne peut pas être dans un état méditatif si on n'a pas exploré la conscience la nuit pendant le sommeil. C'est complètement lié. Le nidrâ est lié à l'état méditatif, on y trouve la clé de la méditation. Ces deux états sont très proches. Un état entre deux très savoureux.
Si on dégage un état de conscience continu, là on peut trouver un état méditatif, c'est pourquoi dans le tantrisme le nidrâ est porté très haut par les yogis.

Bonne méditation.